La prière : une intimité à creuser

 

Homme d’action et de conviction dont nous venons tout juste de célébrer le 500ème anniversaire, il nous est rapporté que Martin Luther, le réformateur, commençait sa journée par trois heures de méditation et de prière, surtout lorsqu’il savait que sa journée serait particulièrement chargée ! Si nous voulions un instant être honnête avec nous-mêmes, combien nous sommes loin de notre petite méditation matinale rapidement expédiée autour d’un café (lorsque nous parvenons à la prendre), l’oreille distraitement appelée par le bourdonnement des infos, et l’œil happée par les notifications de notre téléphone ou de notre tablette. Aurions-nous l’illusion de croire que cet expédiant suffirait à irriguer de manière profitable notre journée, ou encore à marquer ou orienter de manière suffisante notre cœur ? Comment nous donnons-nous, dans notre quotidien, les moyens de laisser Dieu nous rencontrer, nous parler, nous nourrir et nous transformer ? Oui, quelle place laissons-nous finalement à Dieu dans ce que nous vivons, ou voulons vivre ?

 

Pour ceux et celles qui ont participé à notre vie communautaire dans l’année écoulée, vous vous souvenez que nous avons exprimé quelque part ce constat et ce soupir, formulant ensemble notre désir de grandir dans notre vie de prière personnelle et communautaire. C’est en effet là l’un des quatre axes fondamentaux que nous avons choisi de travailler de manière intentionnelle dans notre projet d’Église[1] . C’est ainsi que nous avons résolu de nous engager, avec une équipe dédiée, pour le semestre qui vient, dans une série de prédications mensuelles touchant à notre vie de prière. Cette vie de prière, nous la découvrirons dans la diversité sous laquelle Dieu nous y invite : prière d’écoute, prière de louange, prière silencieuse, prière d’intercession, lecture priée de la Bible, etc. Invitation en somme, sous toutes ces formes, à ‘goûter’ comme l’exprime le psalmiste ‘combien Dieu est bon’ ; au début et au creux de nos journées.

 

Parce que c’est de ça dont il s’agit, et dont j’ai soif personnellement de vivre davantage : non pas la prière comme une chose à faire, des paroles à dire (pour bien faire) ou une formalité à accomplir pour apaiser notre conscience religieuse, mais une invitation à la rencontre, intime et profonde, avec le Dieu qui nous cherche. Espérant parvenir à sortir du schéma de l’insatisfaction régulière dans laquelle nous nous trouvons si souvent dans notre vie avec Dieu – oscillant entre frustration et culpabilité -, pour nous donner enfin réellement le temps, le goût et les moyens de la rencontre avec Dieu dans notre quotidien. Vivre le temps du silence, le temps du dialogue, le temps du repli intérieur nécessaire, mais encore du retour vers Dieu dans le fil de la journée. Oui vivre réellement de ces temps de qualité réguliers avec celui qui nous aime, parvenant à faire taire dans le ‘lieu secret’ le vacarme et les agitations qui nous environnent.

 

Depuis quelques semaines, Dieu m’a fait la grâce de mettre en œuvre une résolution à laquelle j’aspirais depuis un certain nombre de mois déjà : oser la déconnexion (numérique) pour vivre davantage cette dimension d’intériorité et d’intimité avec Dieu. Aussi étrange que cela puisse paraitre, j’ai en effet choisi volontairement de me séparer de mon smartphone pour revenir à un téléphone « à l’ancienne ». Plus de mails, plus de réseaux sociaux, plus d’infos et de flux d’images et de sons, plus de notifications incessantes au fil de la journée, pour plus de relation et d’écoute de Dieu, notamment aux premières heures de la journée. Et que cela fait du bien, et quelle libération ! Résolument il est bon, oui, de goûter avec le psalmiste de manière plus profonde combien Dieu est bon, d’accéder de manière régulière à sa présence plutôt que de me réfugier dans la « présence » des autres ou d’autres formes de divertissement que la « connexion » voulait me proposer.

 

Alors que Dieu nous fasse la grâce, individuellement et collectivement, dans cette année 2018 qui s’ouvre de grandir ensemble dans cette relation vivante et aimante qu’il veut nous offrir et dans laquelle il nous cherche lui le premier.

 

Pasteur Erwan CLOAREC



[1] À côté de celui de la communion fraternelle, de l’accompagnement des uns et des autres, et de l’évangélisation