Le chrétien face à la pauvreté – Une théologie biblique de la pauvreté

 

Quand nous regardons le journal télévisé, quels sont les sujets qui reviennent ? Guerres, catastrophes naturelles, meurtres, viols, abus en tous genre, escroqueries, famines, précarité…

 

Depuis des années, le monde est abreuvé par ces images au point que ça nous paraît normal. Cela semble normal qu’il y ait 850 millions de personnes affamées. Cela semble normal que chaque jour 25 000 personnes meurent de faim. C’est « entré dans les mœurs ». Cela semble normal que plus de 830 000 personnes soient mortes en se suicidant cette année, quasiment le même nombre que des décès par un accident de la route (http://www.worldometers.info/fr/). C’est devenu tellement banal que nous ne sommes plus sensibles à la détresse dans le monde. Qu’est-ce que veut dire « souffrir de la faim » ? Nous sommes tellement loin de cette réalité !

« Les personnes souffrant de faim chronique sont sous-alimentées. Elles ne mangent pas assez pour obtenir l’énergie dont ils ont besoin pour mener une vie active, et ils ont du mal à étudier, à travailler ou même à jouer. Les enfants sous-alimentés ne grandissent pas aussi vite que les enfants sains. Leur cerveau se développe plus lentement aussi. La faim constante affaiblit le système immunitaire et les rend plus vulnérables aux maladies…» (http://www.fao.org/kids/fr/whatishunger.html)

 

« En 1996, pour le Sommet mondial de l’alimentation, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a réuni, à son siège à Rome, près de 200 dirigeants mondiaux qui se sont engagés à réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde d’ici à 2015. A l’époque, le nombre d’affamés oscillait entre 830 et 840 millions de personnes. Ceci signifie que le but du Sommet mondial était de ramener ce nombre à près de 400 millions d’ici 2015. » (http://www.fao.org/kids/fr/goals.html). Ceci est loin d’être le cas aujourd’hui. Actuellement, encore 850 millions de personnes souffrent de la faim ! Voir carte

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Carte_de_la_faim_dans_le_monde.svg

 

Nous sommes aujourd’hui près de 100 millions de chrétiens à réfléchir sur le sujet.

Imaginons qu’un chrétien aidait concrètement 8 personnes souffrant de la faim… il n’y aurait pratiquement plus de faim dans le monde.

 

Alors tournons-nous vers la Bible. Que dit-elle sur la pauvreté ? Quelle attitude encourage-t-elle ? Nous invite-t-elle à fermer les yeux, nous boucher les oreilles et faire une petite prière pour apaiser notre conscience ? Comment nous encourage-t-elle à agir envers les pauvres ?

 

1. La pauvreté dans la Loi juive :

De nombreux commandements sont destinés à aider les pauvres :

  • Pendant la moisson, on devait laisser aux pauvres des restes des récoltes, les bords des champs. Lv 19.9-10 : « Quand vous ferez les moissons dans votre pays, tu ne couperas pas les épis jusqu’au bord de ton champ, et tu ne ramasseras pas ce qui reste à glaner. De même, tu ne cueilleras pas les grappes restées dans ta vigne et tu ne ramasseras pas les fruits qui y seront tombés. Tu laisseras tout cela au pauvre et à l’immigré. Je suis l’Eternel, votre Dieu. » (Voir aussi Dt 24.17-22)
  • La Loi interdisait au créancier de réclamer des intérêts ou de lui prendre son vêtement. Ex 22.24-26 : « Si tu prêtes de l’argent à (quelqu’un de) mon peuple, au malheureux qui est avec toi, tu ne seras pas à son égard comme un créancier, tu n’exigeras pas de lui un intérêt. Si tu prends en gage le vêtement de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil ; car c’est sa seule couverture, c’est le vêtement qu’il a sur la peau : dans quoi coucherait–il ? S’il crie à moi, je l’entendrai, car je fais grâce. » (Dt 24.12-13)
  • Il est prescrit une dîme spéciale pour le pauvre, le lévite, l’immigré, l’orphelin et la veuve. Dt 14.28-29 : « Au bout de trois ans, tu sortiras toute la dîme de tes produits pendant cette (troisième) année et tu la déposeras là où tu résideras. Alors viendront le Lévite, qui n’a ni part ni héritage avec toi, l’immigrant, l’orphelin et la veuve, qui résideront avec toi ; ils mangeront et se rassasieront, afin que l’Eternel, ton Dieu, te bénisse dans toute l’œuvre que tu entreprendras de tes mains. »

Autrement dit, la Loi permettait aux pauvres de subsister et de continuer à faire partie intégrante du peuple de Dieu.

 

2. La pauvreté selon les prophètes :

Beaucoup de passages bibliques accusent fréquemment le riche d’opprimer le pauvre (Am 8.4-6, Es 10.1-4, 32. 6-7, Mi 3.1-4, Jr 5.26-29…) et dénoncent le manque de justice. Le peuple de Dieu est fréquemment appelé, dans l’AT, à rendre une justice équitable, comme Dieu. « Au jour où vous jeûnez, vous traitez vos affaires et vous exploitez tous vos ouvriers, vous passez votre jeûne en procès et querelles et en frappant du poing avec méchanceté. Ce n’est pas par des jeûnes, comme ceux d’aujourd’hui, que vous ferez entendre vos prières là–haut ! Est–ce cela le jeûne auquel je prends plaisir ? Est–ce cela un jour ou l’homme s’humilie ? S’agit–il de courber la tête comme un jonc et de vous étaler sur le sac et la cendre ? Pouvez–vous appeler cela un jour de jeûne que l’Eternel agrée ? (On peut remplacer « jeûne » par « culte ») Le jeûne qui me plaît est celui qui consiste à détacher les liens de la méchanceté, à délier les courroies de toute servitude, à mettre en liberté tous ceux que l’on opprime et à briser toute espèce de joug. C’est partager ton pain avec ceux qui ont faim, et offrir l’hospitalité aux pauvres sans abri, c’est donner des habits à celui qu’on voit nu, ne pas te détourner de ton prochain. Alors, comme l’aurore, jaillira ta lumière, ton rétablissement s’opérera bien vite. Oui, alors la justice marchera devant toi, et la gloire de l’Eternel sera l’arrière–garde. Quand tu appelleras, l’Eternel répondra ; quand tu crieras à l’aide, il dira : “Je suis là !” « Si, du milieu de toi, tu supprimes le joug de l’oppression, les gestes menaçants et les propos méchants, si tu donnes ton pain à celui qui a faim et si tu pourvois aux besoins de l’opprimé, la lumière luira pour toi au milieu des ténèbres, et ton obscurité se changera pour toi en clarté de midi. » Esa 58.3-10.

Tellement clair, non ? Selon les prophètes, l’erreur que le peuple a bien souvent commise est de séparer culte de Dieu avec justice et compassion. Les deux sont indissociables.

 

3. La pauvreté dans les livres de sagesse :

Dans les proverbes, l’ecclésiaste, les psaumes, quantité de versets parlent de celui qui prend soin des pauvres : Pr 14.21, 31, 19.17, 22.9, 28.8, 31.20. Et ils mettent en garde ceux qui font la sourde oreille et se voilent les yeux face aux besoins des pauvres : Pr 21.13, 28.27.

Dans le livre des Psaumes, il en ressort que Dieu prend soin de ceux qui souffrent, il vient en aide au malheureux, à celui qui crie à lui, Ps 146.7-8 : « Dieu fait droit aux opprimés ; il nourrit les affamés ; l’Eternel relâche ceux qui sont emprisonnés. L’Eternel rend la lumière aux aveugles. L’Eternel relève celui qui fléchit. L’Eternel est plein d’amour pour les justes. »

 

4. La pauvreté dans les évangiles :

Dans les évangiles, Jésus et ses disciples donnaient habituellement aux pauvres (Jn 12.5,13.29, Lc 12.33-34). Mais Jésus met en garde contre ceux qui donnent avec de mauvaises intentions c’est-à-dire pour être vus et valorisés à cause de ce qu’ils ont donné (Mt 6.1-4). N’oublions pas que Jésus et ses disciples vivaient de dons et de l’aide des uns et des autres. Jésus, dès le début de son ministère en Israël, avait appelé plusieurs hommes à le suivre pendant trois ans et ceux-ci avaient accepté de plein gré de quitter famille et travail pour être avec lui. Cela impliquait qu’ils comptaient au jour le jour sur des dons pour la nourriture et sur l’hospitalité des gens pour trouver un lieu où dormir. Mais ils n’ont pas été pour autant des mendiants. Jésus est venu en aide à des pauvres, des aveugles, mais aussi à des personnes riches et haut-placées comme cet officier romain ou des responsables de synagogue. Il n’idéalise pas la pauvreté.

 

5. La pauvreté dans l’Eglise primitive :

Par la suite, dans l’Eglise primitive, les actes des apôtres nous rapportent aussi que la manière de vivre des premiers chrétiens était de partager leurs richesses entre eux et de vivre de manière égale, les riches donnant aux pauvres, les pauvres recevant des riches, comme une vraie famille se répartirait les richesses pour n’oublier personne.

Paul et Barnabas, deux responsables d’Eglises se souciaient des pauvres (Gal 2.10) et encourageaient les croyants à faire de même. Rm 15.25-26 : « Pour l’instant, je vais à Jérusalem (dit Paul) pour le service de ceux qui appartiennent à Dieu. En effet, les Eglises de la Macédoine et de l’Achaïe ont décidé de mettre en commun une part de leurs biens pour venir en aide aux croyants pauvres de Jérusalem. »

L’apôtre Jacques, responsable de l’Eglise de Jérusalem, met en garde les chrétiens contre toute discrimination à l’égard des pauvres. Pauvres et riches doivent être traités dans l’Eglise de la même manière, sans favoritisme. Puis il continue en invitant les chrétiens à ne pas dissocier foi et actes qui sont révélateurs de cette foi en Jésus : « Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, et que l’un de vous leur dise : « Partez en paix, mettez-vous au chaud et rassasiez-vous » sans pourvoir à leurs besoins physiques, à quoi cela leur sert-il ? » Ja 2.16

 

7. Conclusion :

On peut résumer l’enseignement de la Bible sur la pauvreté en 6 points :

  1. La Loi protégeait le pauvre et invitait le peuple d’Israël à les aider.
  2. Trop souvent l’homme ne s’est pas soucié de l’injustice et a manqué d’intérêt envers les nécessiteux.
  3. Dieu prend soin des pauvres et des malheureux.
  4. Jésus et ses disciples vivaient de dons et donnaient eux-mêmes aux pauvres.
  5. Les premiers chrétiens se partageaient les richesses pour montrer leur unité et leur amour les uns envers les autres.
  6. Les responsables de ces premières Eglises encourageaient cette attitude de partage et voulaient une Eglise sans favoritisme.

9 Je termine en lisant un extrait de la convention mondiale pour l’évangélisation, un événement qui a marqué des milliers de responsables évangéliques mondiaux, sous l’impulsion de Billy Graham et de John Stott en 1974 :« La responsabilité sociale du chrétien » : … Nous reconnaissons avec humilité que nous avons été négligents et que nous avons parfois considéré l’évangélisation et l’action sociale comme s’excluant l’une l’autre. La réconciliation de l’homme avec l’homme n’est pas la réconciliation de l’homme avec Dieu, l’action sociale n’est pas l’évangélisation, et le salut n’est pas une libération politique. Néanmoins nous affirmons que l’évangélisation et l’engagement sociopolitique font tous deux parties de notre devoir chrétien… Le salut dont nous nous réclamons devrait nous transformer totalement dans notre façon d’assumer nos responsabilités personnelles et sociales. La foi sans les œuvres est morte. »

 

Comment adopter une juste attitude envers les pauvres ? Comment trouver l’équilibre entre annonce de l’Evangile et actes compassionnels ? En vivant la vie que Christ nous donne, en nous engageant à laisser Christ régner en nous, en démontrant par nos actes ce que Jésus a fait dans nos vies. Martin Luther King, pasteur baptiste, l’a profondément vécu.

 

Agir pour les pauvres ne nous ouvrira pas plus la porte du ciel ni ne nous permettra pas d’être aimé davantage par Dieu. Il a tout accompli lui-même pour que tous ceux qui croient en Jésus soient pardonnés, graciés et sauvés. Agir pour les pauvres est simplement la conséquence visible de ce que Jésus a fait pour nous.

« Il était riche, mais il s’est fait pauvre et, par amour pour vous, il a vécu pauvrement afin que par sa pauvreté vous soyez enrichis. » 2 Cor 8.9

« Il a le pouvoir de vous combler de toutes sortes de bienfaits : ainsi vous aurez, en tout temps et en toutes choses, tout ce dont vous avez besoin, et il vous en restera encore du superflu pour toutes sortes d’œuvres bonnes. » 2 Cor 9.8

 

Que notre Dieu nous vienne en aide pour que nous donnions intelligemment et puissions réconcilier foi en Jésus et actes qui montrent concrètement cette foi.

 

Jean-Rémy OTGE

Ndlr : Avec nos remerciements à l’auteur pour son autorisation de publier l’article.