L’extraordinaire né dans l’ordinaire

Rien de plus banal que la naissance de ce bébé il y a 2000 ans… et pourtant !

La féérie de nos Noëls n’a rien à voir avec ce qui s’est passé à Bethléem ce jour-là. La naissance de Jésus n’avait, du reste, rien de poétique…

Ses parents

La petite Marie est ce qu’il y a de plus ordinaire pour son époque : une adolescente originaire d’un coin perdu, une gamine déjà fiancée dont l’avenir est tout tracé. Pour savoir ce qu’elle va devenir, il lui suffit de regarder toutes les femmes du village…

Joseph, lui, est sans doute un bon artisan, mais il a les soucis de monsieur-tout-le-monde. Du reste, ce voyage forcé à Bethléem risque bien d’endetter le jeune ménage.

L’étable

Un lieu d’hébergement comme un autre finalement, car il faut se souvenir qu’en Orient il n’est pas rare de dormir dans la grange ou avec les animaux quand on voyage. C’est finalement le meilleur moyen de récupérer son âne le matin.

Et on peut même penser que d’autres voyageurs n’ont pas trouvé non plus de place dans les « auberges ». En réalité, celles-ci ressemblaient plus à l’époque à de grands hangars ventés pour voyageurs en transit qu’à autre chose.

L’époque 

Un temps ordinaire où la loi de l’empereur supplante celle de Dieu. Personne n’a le choix, il faut se faire recenser et se soumettre aux lois d’un état tentaculaire. Un monde ordinaire où l’homme se sent si insignifiant.

Un monde ordinaire avec ses gens banalement pauvres qui côtoient ceux qui sont au sommet de la richesse et du pouvoir. Un monde avec sa méchanceté ordinaire et ses vies repliées sur elles-mêmes.

Le lieu de l’accouchement 

Rien d’écolo-bucolique ! Pensez donc : un bébé à côté du fumier, au milieu des microbes en surnombre, sans compter les odeurs piquantes de la paille, le suint, les laitages. Imaginez cette étable tout embuée par les haleines des chèvres et des moutons qui occupaient sans doute les lieux.

Ce qui est ordinaire c’est la fragilité de la vie. Un premier bébé fragile, né en pleine nature. Un petit être totalement dépendant de ses parents.

Le ciel et la terre se rencontrent

L’évangile nous montre ainsi que Dieu a rejoint l’humanité dans l’ordinaire de ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes. C’est dans la paille qu’il vient à notre rencontre. Car l’évangile témoigne qu’en Jésus, le ciel et la terre se touchent, Dieu et les humains se rejoignent. En Jésus, c’est bien Dieu qui se fait homme, Dieu qui vient au monde ce jour-là.

Il n’est donc pas un Dieu indifférent au sort des hommes. Il ne nous regarde pas du haut de son ciel avec dédain et condescendance. Au contraire, il s’est lié à l’histoire des hommes ! Lui qui a connu à sa naissance la pauvreté d’une crèche, va ensuite devoir tout apprendre. Comme nous. Plus tard, il parcourra les chemins de Galilée et de Judée. Il partagera les souffrances, les peurs, les joies, les espérances des hommes et des femmes qu’il rencontrera. Il cheminera avec eux.

Ne pas se fier aux apparences

En voyant l’enfant Jésus, les croyants admirent l’humilité de Dieu. Lui, le Tout-Puissant s’est fait bébé, dépendant de Marie et Joseph. Il est venu au monde dans une grande pauvreté pour nous rejoindre dans notre faiblesse et notre pauvreté. Malgré les apparences, il est bien le Seigneur et le Sauveur dont nous avons besoin.

José Loncke

[publié dans Croire et Vivre n° 122 - décembre 2013 ]