Non-violence et foi chrétienne

Non-violence et foi chrétienne

« La non-violence est une arme puissante et juste, qui tranche sans blesser et ennoblit l’homme qui la manie. C’est une épée qui guérit[1] » Martin Luther King (1929-1968).

En cette année 2018, nous sommes appelés à commémorer les 50 ans de l’assassinat de Martin Luther King, l’une des plus célèbres figures du baptisme. Notre Église aura l’occasion de le faire au travers de l’exposition qui sera tenue dans nos locaux du 5 au 10 novembre. Le pasteur King, mort assassiné à 39 ans, avait fait du combat pacifiste contre la ségrégation raciale et les inégalités l’œuvre de sa vie. L’anniversaire de son décès nous permet de réfléchir à la question de la non-violence.

Guerre et paix dans la Bible

Comme le souligne à juste titre Émile Nicole, il faut bien reconnaître que « la guerre occupe une place importante dans la Bible et particulièrement dans l’Ancien Testament ». Il faut aussi rappeler que « la perspective finale, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, est une perspective de paix [2] ». Pour le dire autrement, si la guerre et le conflit sont bien présents dans la Bible, la paix avec Dieu et entre les hommes est la visée ultime du Créateur.

Dans l’Ancien Testament, Dieu se sert d’Israël pour punir les peuples méchants de Canaan (Josué 6-12) tout en annonçant la venue du « Prince de paix » (Esaïe 9.5). Dans le Nouveau Testament, Jésus enseigne la non-violence : « Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas vous opposer au mauvais » (Matthieu 5.38-39). Il va même plus loin en prônant l’amour des ennemis : « Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu détesteras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » (Matthieu 5.43-44).  Au moment de son arrestation, Jésus s’oppose à l’usage de l’épée (Luc 22.38) avant de prier pour ses ennemis au moment de rendre son dernier souffle sur la croix (Luc 23.34). Par sa mort, Jésus permet la paix entre Dieu et l’homme, ce qui rend possible la paix entre les êtres humains (Ephésiens 3. 15-16). Après sa résurrection, le Christ envoie ses disciples pour annoncer la Bonne Nouvelle sans contrainte (Matthieu 29.19).

Dans la perspective paulienne, le combat des chrétiens est d’ordre spirituel et non charnel … « Ce n’est pas contre l’homme que nous avons à lutter, mais contre les puissances, contre les autorités, contre les souverains de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal dans les lieux célestes » (Ephésiens 6.12). Les croyants sont appelés à être des artisans de paix dans l’attente du retour celui qui instaurera la paix éternelle… « Si cela est possible, dans la mesure où cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes » (Romains 12.18). La théologienne mennonite Lois Barrett résume : « Dieu a un but pour l’humanité. Il veut que chacun lui fasse confiance pour sa sécurité. Il souhaite que les hommes le laissent gagner la bataille contre le mal, à sa manière. Dieu veut que tous les hommes vivent en paix dans sa communauté[3] ».

Guerre et paix dans l’histoire de l’Église 

Les Pères de l’Église, qui ont suivi les apôtres dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, étaient tous de fervents pacifistes. Clément d’Alexandrie (150-215) écrit : « Nous sommes les soldats de la paix, une armée non sanglante que le Christ recrute par son sang et sa Parole pour lui donner le royaume des cieux. Revêtons donc l’armure de la paix[4]  ». Origène (184-253) ne dit pas autre chose : « Nous ne tirons plus le glaive contre aucune nation, nous n’apprenons plus à faire la guerre, devenus que nous sommes, grâce à Jésus, des fils de la paix[5]». L’Église ancienne prêchait et vivait la non-violence, l’amour du prochain et le témoignage paisible malgré les persécutions. Cependant, l’édit de l’Empereur romain Théodose Ier de 380 instaurant la foi chrétienne comme religion officielle de l’Empire va venir mettre un terme au pacifisme de l’Église. La non-séparation de l’Église et des états entrainera alors la foi chrétienne sur le chemin de la compromission. Dans le reste de son histoire, l’Église s’est trop souvent rendu complice de la violence même si de nombreuses figures et mouvements se sont élevés contre ces abus (Monachisme, Mennonisme, Méthodisme, Quakers, Mouvement des droits civiques …).

Et nous aujourd’hui ?

50 ans après l’assassinat de MLK, qu’en est-il de nous aujourd’hui ? Plus que jamais, il nous appartient, en tant qu’Église de Jésus-Christ, d’être des artisans de paix. Oui, mais comment ? D’abord, en s’efforçant de vivre l’amour dans l’Église comme un témoignage pour le monde. « C’est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jean 13.35). Ensuite, en cherchant à gérer au mieux nos conflits, nos déchirures et à pacifier nos rapports à la maison, au travail et dans notre entourage. Nous pouvons et nous devons, autant que faire se peut, être des agents de la (ré)conciliation et du pardon. Enfin, en défendant la cause des opprimés d’ici et d’ailleurs mais toujours d’une manière paisible et respectueuse de l’autre. A titre d’exemple, plusieurs figures du monde évangélique américain (David Platt, Ligon Duncan) se sont ouvertement repenties de leur indifférence et engagées dans la lutte contre le racisme dans l’Église.

A la suite du grand Jacques Ellul, que nous puissions prêcher (et surtout vivre) la non-violence en tant que disciples du Prince de la paix…

« Pour un chrétien, libre en Jésus-Christ, la seule voie d’action possible est de lutter contre toute violence précisément parce que la violence est la forme d’expression des rapports humains, normale et nécessaire en dehors du Christ[6] ».

 



[1] Martin Luther King, apôtre de la non-violence, Paris : Croire Publications, 2007, p.71.

[2] Fac réflexion, La guerre dans la Bible, 1983.

[3] Lois Barrett, Quand Dieu combat … Guerre et paix dans l’Ancien Testament, Montbéliard : Éditions Mennonite, 2007, p.74.

[4] Praed. I, Xii, 98 ; II, IV, 42

[5] Contre Celse V, 33

[6] Jacques Ellul, Contre les violents, Paris : Le Centurion, 1972, p.162.