Pentecôte et Mission

 

Le jour de la Pentecôte, qui marque, dans le calendrier juif, la fête des récoltes, les disciples de Jésus étaient réunis dans la chambre haute. Les événements de la Pâque leur semblaient déjà loin : la mort brutale du maître et le désespoir avaient vite fait place à la joie de la résurrection. Jésus était bel et bien vivant ! Avant de repartir au ciel, il les avait enjoint à « attendre que son Père leur accorde le don qu’il leur avait promis » (Actes 1.4). Sous l’ancienne alliance, plusieurs prophètes comme Jérémie ou Ezéchiel avaient déjà promis qu’un jour Dieu viendrait faire habiter son Esprit dans le cœur des croyants pour les transformer et les équiper.

Le jour de la Pentecôte scelle l’accomplissement de cette promesse. D’une manière visible et audible, les disciples ont reçu le Saint Esprit et se sont mis à parler des langues qui leur étaient inconnues (Actes 2.1-4). Les langues, autrefois signe de désunion et de jugement avec l’épisode de la tour de Babel, deviennent le signe de l’union et de la bénédiction de Dieu. Après avoir reçu le don promis, les apôtres se sont empressés de partager la Bonne Nouvelle comme en témoigne le reste du livre des Actes. Dans sa prédication (Actes 2.14-36), Pierre proclame la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Par sa mort et sa résurrection, Jésus a inauguré son Royaume et il appelle désormais les hommes du monde entier (représentés par les juifs de la diaspora) à se tourner vers lui dans la foi et la repentance. La promesse faite à Abraham de bénir toutes les nations (Genèse 12 et 17) a été accomplie en Jésus-Christ et ne demande qu’à être acceptée. L’Esprit promis est désormais disponible pour chacun ! Le théologien baptiste Thomas Schreiner résume : « L’Esprit est le don du Christ ressuscité à l’Église, un don qui montre que le Royaume de Dieu est arrivé, et que les promesses de la fin des temps sont en train de s’accomplir[1] ».

Pour les chrétiens, la Pentecôte est un jour important car il commémore l’envoi de l’Esprit qui donne naissance à l’Église. Or, comme nous l’avons souligné, l’Église, dès son premier jour, commence sa mission, une mission appelée à se prolonger jusqu’au retour du Christ. Mais qu’entend-on au juste par « mission » ? Le mot « mission » vient du latin missio qui signifie envoyer. On pense aux Mission Impossible qui commencent toujours par la réception d’un message qui enverra les héros à l’aventure. Dès lors, on peut dire qu’être en mission c’est avoir été envoyé par une autorité supérieure vers un lieu délimité pour accomplir une tâche précise. Des questions émergent alors … Qui a envoyé l’Église ? Pourquoi a-t-elle été envoyée ? Où a-t-elle été envoyée ?

« Qui ? » L’Église a été envoyée par Dieu lui-même. Dieu est le « Dieu de la Mission[2] » pour reprendre l’expression du théologien anglican Christopher Wright. En effet, « Dieu lui-même est à la fois celui qui envoie et celui qui est envoyé » selon le missiologue Hannes Wiher. « La mission de Dieu, la missio Dei, consiste en ce que le Père a envoyé le Fils (Jean 3.16; 20.21) et que le Père et le Fils ont envoyé l’Esprit (Jean 14.16,26 ; 15.26 ; 16.7)[3] ». La mission part donc du cœur de Dieu pour l’humanité et de son désir de réconciliation qu’il a manifesté par l’envoi du Fils et de l’Esprit. Selon Jésus, la mission de l’Église est avant tout le prolongement de la mission de Dieu : « La paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20.21). Les disciples sont envoyés, à leur tour, par Jésus-Christ dans la puissance de l’Esprit, sceau de son autorité.

« Pourquoi et où ? ». L’Église a été envoyée pour faire « de toutes les nations des disciples » (Matthieu 28.19). Comme le disait le grand John Wesley, « le monde entier est ma paroisse ». La mission est à la fois locale, régionale et internationale (« vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout du monde », Actes 1.8). Autrement dit, l’Église doit annoncer l’Évangile à tous les peuples jusqu’au retour de Jésus-Christ. Bien entendu, l’Église est également appelée à rendre un culte à Dieu, à être une communauté d’amour et d’obéissance qui démontre la vérité de l’Évangile et à faire du bien autour d’elle en agissant pour la justice. N’oublions jamais les paroles de Jésus qui exhortent à l’amour mutuel et à l’action pratique pour la société :« A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jean 13.35) ; « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5.16).

Presque 2000 ans ont passé depuis la Pentecôte. Où en sommes-nous ? Le christianisme s’est répandu, avec plus ou moins de succès, dans le monde entier. Mais la mission est loin d’être accomplie. D’après la SIM, il existe en effet 7000 peuples non atteints par l’Évangile soit près de 3 milliards de personnes[4] ! Ne les oublions pas ! L’histoire de l’Église témoigne à la fois des errances humaines et de la fidélité de Dieu. Jésus bâtit son Église, quoiqu’il advienne, et il achèvera son œuvre. Toutefois, notre responsabilité reste entière. Nous ne sommes ni les premiers ni les seuls chrétiens, et nous devons reprendre le flambeau de la mission de l’Église tout à nouveau. Déjà Paul sensibilisait l’Église primitive : « Car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Comment donc invoqueront-ils celui en qui ils n’ont pas cru ? Et comment croiront-ils en celui dont ils n’ont pas entendu parler ? Et comment en entendront-ils parler, s’il n’y a personne qui prêche ? » (Romains 10.13-15). Il en va de la responsabilité de chaque chrétien de soutenir l’effort missionnaire aussi bien au bout du monde (voir le témoignage de Pafon Sely) qu’au bout de la rue.

Justement, à notre niveau local, l’objectif du département évangélisation, dirigé par Rémy Ratanat, n’est pas de former une équipe d’évangélistes mais de sensibiliser toute la communauté à la nécessité de la mission. Lors de la dernière Fête des Lumières, nous avons eu la joie de voir une dizaine de membres de notre assemblée se lever pour la distribution de Bibles. Ce fut un moment fort pour chacun ! Dieu était présent et a béni le don de sa Parole. Ce genre d’initiative est appelée à se multiplier. Chacun d’entre nous est appelé à mettre sa créativité et ses dons au service du Seigneur Jésus pour voir de nouvelles personnes découvrir la joie du salut.

La tâche semble immense, comment y arriverons-nous ? Non pas par l’ingéniosité humaine ou le marketing, mais par l’Esprit. C’est pourquoi, en guise d’encouragement, nous reprenons à notre compte cet extrait de l’Engagement du cap : « notre engagement dans la mission est vain et stérile sans la présence, la direction et la puissance de l’Esprit Saint. C’est vrai de la mission dans toutes ses dimensions : évangéliser, témoigner de la vérité, former des disciples, œuvrer en faveur de la paix, s’engager socialement, agir pour la transformation éthique, prendre soin de la création, vaincre les puissances du mal, chasser les esprits démoniaques, guérir les malades, souffrir et persévérer sous la persécution[5] ».

Que notre Eglise soit une communauté de l’Esprit qui témoigne de sa foi au plus grand nombre, à Lyon, en France et dans le monde entier, pour la gloire de Dieu et le salut du monde !



[1] Thomas Schreiner, The King in his beauty, p.492.

[2] Christopher Wright, La mission de Dieu, p.71.

[3] Hannes Wiher, Qu’est-ce que la mission ? in Théologie Evangélique vol 9, n°2, p.126-127.

[4] https://www.simorg.fr/peuples-non-atteints

[5] Disponible ici : https://www.lausanne.org/fr/mediatheque/lengagement-du-cap/engagement-du-cap L’engagement du Cap est le dernier document produit par le Mouvement de Lausanne, un rassemblement évangélique pour l’évangélisation du monde