Quelques réflexions sur l’écologie

 

Avec plus de 2 millions de signataires, la pétition « l’affaire du siècle », visant à contraindre l’État français à respecter ses engagements climatiques par une action en justice défraye la chronique depuis près de trois mois. Associations, ONG et partis « écolos » n’ont de cesse de rappeler l’urgence de « sauver la planète », thème par ailleurs omniprésent dans les élections européennes à venir. Mais les Églises restent bien souvent en retrait de ces mouvements, malgré leur attachement évident à la Création Divine. Comment pouvons-nous, en tant que chrétiens, nous positionner ?

Il convient tout d’abord, si c’est encore nécessaire, de rappeler qu’il y a effectivement une crise écologique. Nous ne sommes pas de ceux qui nient l’impact néfaste de notre mode de vie sur l’environnement, ni l’urgence de la situation actuelle. A partir des années 80, les églises historiques ont commencé à prendre conscience qu’elles devaient aussi s’engager dans « la sauvegarde de la Création ». Il faut dire qu’elles sont mises au banc des accusés, notamment depuis que l’historien américain Lynn White, dans la célèbre revue Science en 1967, a affirmé que l’exploitation technique de la nature avait trouvé sa légitimation dans l’héritage culturel du christianisme, « la religion la plus anthropocentrique du monde ».

Pour diverses raisons contextuelles, les auteurs bibliques étaient bien loin de nos préoccupations écologiques, et ce thème se retrouve peu dans la Parole de Dieu. Mais nous ne sommes pas démunis pour autant ! L’essentiel de l’écologie chrétienne se fonde sur le principe d’un Dieu Créateur et Seigneur, toujours propriétaire de Sa Création, ainsi que sur le mandat qu’il confie à l’homme en Genèse 1 et 2 « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-là » ; « cultiver et garder » le jardin.

Dieu Créateur, homme gestionnaire

Le chrétien ne peut en aucun cas se dégager du problème : il doit avoir une exploitation responsable de ce cadeau merveilleux qu’est la Création, dont il fait partie et qui lui est intimement liée. La « nature » est mise à sa disposition pour ses besoins essentiels, et il doit pouvoir répondre devant Dieu du mandat qui lui a été confié avant même la chute.

Nous reconnaissons que l’homme, depuis l’irruption du péché, et plus fortement encore depuis la révolution industrielle, exerce une domination excessive sur la nature. Mais ceci ne remet pas en cause son alliance avec Dieu ni son mandat. L’un des défis qui nous est proposé est de maitriser notre impact néfaste sur l’environnement sans pour autant renoncer à la multiplication de l’espèce humaine. C’est par ailleurs l’une des définitions du développement durable : la mise en œuvre de solutions agricoles, industrielles et urbaines qui nuisent le moins possible à l’environnement, tout en permettant de nourrir et d’abriter au mieux le plus grand nombre d’individus, sans freiner le progrès économique, technologique, scientifique.

Une tendance à l’idolâtrie ?

Il nous faut toutefois rester prudents face à certains mouvements radicaux, que nous qualifierons « d’écologismes ». En analysant plus finement les motivations qui les suscitent, nous découvrons parfois une sorte de syncrétisme, ou une vision panthéiste de la nature. Celle-ci serait somme toute sacrée, d’une valeur supérieure ou égale à la vie humaine. On peut parfois constater une certaine quête de transcendance, de spiritualité dans la nature, qui n’est pas en phase avec l’enseignement de l’Écriture. Nous poserons donc le principe suivant : partout où il y a conflit réel entre la vie humaine et la nature, nous prendrons le parti de la vie humaine.

D’autres mouvements tombent dans l’écueil diamétralement opposé, qui consiste à espérer aveuglément en la capacité de l’homme à innover, à trouver des solutions, ou une technologie révolutionnaire qui sortira l’humanité de l’impasse. Et finalement, à ne pas assumer sa responsabilité d’ici et maintenant, à ne pas se remettre en cause, et à accentuer encore la crise écologique.

Pour une écologie qui ne se limiterait pas à la lutte contre les symptômes

Avant de traiter les symptômes, il est bon de poser un diagnostic précis. Or il nous semble que bien souvent, nous nous contentons de décrire les catastrophes en cours ou autres dégradations sur les écosystèmes, sans aller jusqu’à la cause profonde de ce mal. Or si l’homme est bien responsable d’une grande partie des maux de la nature, il faut pointer plus précisément, et accuser aussi l’utilisation de la technologie à des fins de domination, le consumérisme compulsif, ou la globalisation de l’économie qui règne sur les systèmes de pensée actuels. Il faut aussi évoquer le manque de souci des plus puissants envers les plus faibles, la politique électorale à court terme, le manque de sens de notre société qui nous conduit à faire peu cas des habitants éloignés de notre « maison commune », et des générations futures.

Une vision plus globale, l’écologie intégrale

Plutôt que le développement durable, nous proposons, dans la suite de l’Encyclique sur l’écologie du Pape François – dont nous conseillons fortement la lecture – une vision plus large de la problématique, et surtout une solution différente, l’écologie intégrale.

Cette écologie repose sur l’évidence que tout est lié. Par exemple, le souci du plus pauvre me pousse à vivre plus simplement, à consommer différemment. L’écologie intégrale, est une « forme de développement qui équilibre les dimensions économiques, sociales et environnementales, sans occulter la dimension spirituelle et la solidarité, autant avec tous les habitants de la planète qu’avec les générations futures ». C’est aussi un développement de l’homme dans toutes les composantes de son être, en prônant le respect de la dignité de chacun, en favorisant les plus démunis, et en incitant à une utilisation saine du bien commun.

Cet idéal peut nous sembler utopiste. Mais nous avons à poser des actes, notamment en tendant vers plus de simplicité, en refusant le consumérisme ambiant, en discernant l’acte moral dans l’acte d’achat, en acceptant de vivre plus simplement pour que d’autres puissent simplement vivre… Ces actes seront issus de nos plus intimes convictions, à savoir l’amour de Dieu, l’amour de notre prochain le plus démuni à l’autre bout du monde, et le respect de la Création. Ils seront posés de manière gratuite, indépendamment des effets immédiats sur la crise écologique. Des chrétiens désintéressés qui veillent à leur impact sur l’environnement, de manière individuelle, familiale, en Église, ou encore dans un engagement citoyen peuvent être un formidable témoignage pour le monde.